Déjeuner hedomadaire avec un ancien collègue devenu ami.
Attablés dans un restaurant animé, nous attendons nos pennettes au saumon en nous racontant nos vies.
La petite table qui nous a été assignée est bancale et ce qui devait arriver arriva: un coup de genou donné par inadvertance à la table, et celle-ci tangue avec tout ce qui y est posé. Deux bouteilles, l’une de Perrier, l’autre de Pepsi, entament alors une danse dont on sait comment elle se terminera si rien n’est fait: de l’eau et du soda, partout sur nous.
En une fraction de seconde, l’opération de sauvetage est déclenchée pour tenter d’éviter la catastrophe. Une fraction de seconde où les gestes répondent plus à l’instinct qu’à une tactique mûrement réfléchie. Mais alors qu’il eut été plus instinctif pour le droitier que je suis de tendre mon bras droit et d’attraper la bouteille de Pepsi, et pour mon ami gaucher de tendre son bras gauche et d’attraper la bouteille de Perrier, c’est exactement le contraire qui se produisit.
Les dégâts furent limités, mais le résultat aurait été encore meilleur si nous avions choisi de porter secours à l’autre bouteille; la plus évidente pour nos mécanismes psycho-moteurs.
Pourquoi alors ce partage des tâches si peu naturel? Peut-être tout simplement parce que notre instinct n’est pas infaillible. Mais peut-être également parce qu’en ces instants éclairs où l’on est forcé d’agir vite et sans réfléchir, un instinct primaire prend le dessus sur les autres: celui de sauver d’abord ce qui nous appartient. Car la bouteille de Perrier était à moi, et celle de Pepsi à lui.
Ne croyez pas ceux qui pensent un jour vaincre l’individualisme et la propriété privée. Tout est dit dans ce sauvetage maladroit d’un Pepsi et d’un Perrier.

