죽 – juk
Une sorte de rituel: enfant, à chaque fois que je tombais malade, alité et fiévreux, maman entrait dans ma chambre à l’heure du repas avec un bol de juk.
Le juk est un porridge de riz coréen pas très compliqué à faire: trois fois plus d’eau et trois fois plus de temps de cuisson que ce qu’il faut pour cuire du riz. Le résultat est une bouille insipide, parfaitement digeste, suffisamment neutre au nez et au goût pour être acceptée du plus réfractaire des bambins malades et barbouillés. Lorsque maman entrait dans ma chambre avec ma ration quotidienne, je m’asseyais donc difficilement sur mon lit pour engloutir chaque cuillerée de cette potion magique censée me redonner force et vigueur.
Au fur et à mesure que je prenais des forces, le juk seul s’avérait trop monotone pour mon palais exigeant et je réclamais son complément indispensable : la sauce de soja, parfaite combinaison foncée et salée d’un repas décidément trop monotone. Une fantaisie pas forcément bienvenue pour l’estomac d’un petit homme malade selon maman qui gardait la maîtrise de l’assaisonnement. S’ensuivait une négociation de tous les instants entre maman et moi pour savoir si chaque cuillerée de juk aurait droit à plus ou moins de sauce de soja.
Lors de ma gastro de la semaine dernière, ça n’est pas maman mais le programme numéro 8 de mon rice cooker qui m’assura mon juk quotidien. Pas forcément la même dose d’humanité mais au final, cette même odeur subtile de riz cuit qui me replonge des années en arrière, assis sur un lit, à batailler avec maman si la cuillerée que je suis sur le point d’engloutir aura droit à un peu plus de sauce de soja.
Je décide que oui.

