Vu lu ou entendu
“Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui – sans parole aucune – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à un ami.”
Andrée Chedid
“Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui – sans parole aucune – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à un ami.”
Andrée Chedid
juin 24, 2010 à 12:31
Ce qu’Andrée Chédid écrit, affiché partout dans le métro parisien :
“Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui – sans parole aucune – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à la voix d’un ami”
fait quand même réfléchir
C’est curieux ce statut poétique à part.
Pourquoi pas la peinture ? La danse ?
Pourquoi Andrée Chédid n’écrirait-elle pas :
Les habiles, les sculpteurs de gestes, sont plus éloignés de la danse (…) que cet homme etc.
Les habiles, les agenceurs de couleurs sont plus éloignés de la peinture (…) que cet homme etc.
dire à Andrée Chédid ceci :
“cet homme qui – sans parole aucune – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à un ami”
qui se défait de quoi au juste, quelle était cette journée
peut-être bien d’une journée épuisante, parce que justement c’est un poète :
une journée passée à poursuivre cet accord de mots, cette jonglerie de syntaxe, cette habileté de paroles tout à fait hors d’improvisation… insaisissable.
L’habileté et la jonglerie sont respectables (cf l’art du cirque), ils peuvent être une jolie conquête, pourquoi leur maîtrise ne ferait-elle aussi bien partie de la quête poétique au service de l’émotion
Enfin, quant à celui qui se défait de sa journée et qui n’est pas forcément poète, alors…
Qu’il parle à un ami, premier apaisement, ou qu’il regarde un arbre, deuxième délivrance, peut-être aura-t-il une troisième joie encore, celle de trouver dans un poème, dans un bel accord de mots, la peine et le travail qu’il a dépensés dans sa journée, changés en grâce
si joliment qu’il n’y aurait jamais pensé, tout près de la poésie qu’il soit