Je me suis toujours méfié des engouements populaires démesurés. Alors quand j’ai vu l’une de mes collègues espagnole, la trentaine, brillante, et sans aucun lien avec les Etats-Unis s’écrier: “putain, il faut trop qu’il gagne Obama, Joder !” après avoir visionné avec émotion la pub de trente minutes d’Obama sur youtube, je me suis beaucoup inquiété.
Et puis j’ai dû admettre qu’il a vraiment quelque chose Obama: de la sérénité mais aussi de la fraicheur, de l’élégance mais aussi de la simplicité, de l’éloquence mais aussi de la sincérité, de la lucidité mais aussi de l’enthousiasme, du noir mais aussi du blanc.
L’Obamania a tout emporté sur son passage, et d’abord une majorité confortable des votes américains et quelques Etats républicains au passage. Dans les rues américaines, et dans le monde entier, on le fête comme l’on fêterait la victoire de l’équipe nationale à la coupe du monde de foot.
La victoire d’Obama est la nôtre à tous. Parce qu’il va nous sauver tous. Des guerres qui tuent cruellement, de la faim qui tue injustement, des entreprises qui licencient brutalement, de la température qui augmente irrémédiablement, des épargnes qui fondent implacablement…
Non, bien sûr les gens ne sont pas aussi naïfs. Ils vont lui laisser le temps d’arriver, de s’installer, de travailler, et puis dans un an ou deux, quand rien n’aura changé, de s’expliquer. Expliquer qu’un homme ne peut pas tout, qu’il fait des erreurs, qu’il leur avait bien dit au début. On verra alors la sagesse et l’intelligence de l’opinion publique s’exprimer.
Bayrou, un peu notre Obama à nous (surtout pour les oreilles décollées), aurait dit: “Des centaines de millions de femmes et d’hommes qui avaient le sentiment d’avoir en face d’eux un mur voient aujourd’hui une porte s’ouvrir dans ce mur”. J’aurais plutôt dit: “Des centaines de millions de femmes et d’hommes qui avaient le sentiment d’avoir en face d’eux un mur voient aujourd’hui une porte s’ouvrir dans un autre mur.”
Mais arrêtons ce défaitisme. Yes we can.



